Loin du bruit et de la fureur

Loin du bruit et de la fureur j’écoute le bleu sombre du violoncelle.

Et je peins.

Ne me demandez pas pourquoi.

Quand j’ai commencé à peindre j’étais un enfant. Et je n’ai jamais cessé. Pourquoi peindre ? C’est à l’enfant qu’il fallait poser la question. Adulte, je serais incapable de vous répondre.

Je n’ai pas choisi de peindre.

J’ai seulement décidé de ne pas arrêter.

C’est ma façon de parler, c’est mon écriture, ce sont mes mots, mes cris et mes crocs.

Sur le blanc de la toile je pose les couleurs des mots que je ne dis pas… Je suis silencieux mais pas taiseux. Seulement absent. Je m’évade sans cesse pour retrouver toutes les couleurs cachées sous les plumes noires du calao, le bleu crevé d’étoiles au dessus de Tamanrasset et le rouge de la lune qui se lève derrière les épineux... J’échappe de plus en plus à la réalité des choses. Autrefois je m’en inquiétais. Aujourd’hui je m’en amuse.

Et je peins.

Pour le sable et pour les pierres, pour l’ocre des grands plateaux, pour le rire d’Aminata, pour le vert sombre de Tambacounda, je me revendique une négritude imaginaire…